mercredi 30 novembre 2016

Fais pas ta beurette!



Salut les jeunes! Je vous offre avec ce beau gif animé, ma tête un peu décontenancée face à un sujet qui me tient tout particulièrement à coeur, à savoir la banalisation du terme "beurette" et tous les amalgames que comportent cette expression consacrée.

Attention, je suis remontée comme un coucou!
Ma vexation est présente depuis plusieurs années, mais je pense qu'elle s'est vraiment intensifiée au fur et à mesure que j'ai grandi, puisque j'ai dû davantage à faire attention à la signification des termes et des choses, surtout si quelqu'un s'en servait pour me qualifier.

Et un aprem je traîne sur Facebook, et Leïla a posté ce documentaire audio.

Ce qu'il faut d'abord savoir, c'est que ce terme de "beurette" est initialement conçu comme étant le féminin du terme "beur", néologisme visant à qualifier les descendants d'immigrés d'Afrique du Nord, nés ou installés en France.

Si tenté qu'il faille trouver une explication à tout, alors, pour ce qui est de la définition pure, je pense que je correspond à ce que le terme "beurette" veut initialement signifier : je suis née à Alger, de deux parents algériens, tous deux journalistes. Obligés de fuir sous les bombes, les assassinats et les attentats à répétition, leur tête étant mise à prix de par leur idéaux opposés à ceux des extrémistes (pour faire court) mes parents ont décidé, pour sauver leur peau mais avant tout la mienne, de venir s'installer en France en 1994.

Mes parents m'ont par chance toujours élevée loin du joug de la religion, leur souhait étant que mon simple libre-arbitre et ma morale (et leurs remontrances aussi mdr) suffiraient à me permettre de discerner le bien du mal sans avoir peur d'une sanction divine.

Alors beaucoup des français d'origine maghrébine me montrent du doigt comme étant une traitre, puisque j'ai été élevée "à l'occidentale". Il n'a jamais été question chez moi de voile, de prières. La religion est quelque chose de très intime, et tout bon musulman est censé savoir que la pratique de celle-ci ne concerne que lui-même, et son Dieu.

Me voilà donc victime d'un "racisme" tout particulier, celui des personnes ayant les mêmes origines que moi, ou presque, simplement parce que j'ai décidé de ne pas associer le fait d'être maghrébine avec le fait d'être musulmane. Parce que oui, je vous assure, il y a une différence. De taille. Notable. Et pourtant je suis montrée du doigt, parce que je fume, que je sors avec un français de souche, que j'ai des tatouages, tout simplement que je ne pratique pas la religion qui prime dans mon pays d'origine.

Pour la petite anecdote, j'ai croisé un soir un jeune homme d'origine maghrébine lui aussi, qui m'a vue avec mon copain dans la rue, nous tenir par la main. Le mec s'approche et me hurle littéralement dessus un "Espèce de Rachida Dati!". Mon manque de second degré sur le moment m'a poussé à lui demander pourquoi il me qualifiait de la sorte et le sacripant m'a répondu "Bah t'es une beurette qui suce un blanc, comme Rachida Dati quoi, tu tiens la main de ton petit Sarko".
Je me passe de commentaire et je pose ça là, comme ça.

Sauf que je me retrouve bien avec le cul entre deux chaises, ou entre les deux bosses du chameau si vous préférez une image qui fleure bon le désert. Pourquoi? Parce que je subis également un jugement de taille de la part d'autres personnes. Non maghrébines, non musulmanes.

Ces gens là, ils me qualifient de beurette avec tout le négatif que ce terme peut engendrer. Parce que ça les embêterait presque que je ne corresponde pas à l'idée qu'eux se font d'une jeune fille de nationalité française d'origine algérienne. Et alors une beurette c'est quoi? C'est une maghrébine aux faux-ongles tels des griffes qui va à la chicha avec Momo en écoutant du Booba? C'est une fille qui attend son frère en bas des blocs quand lui deal du shit? C'est la petite cochonne qui se fait tourner dans les caves mais qui garde son voile en cours?

Loin de moi l'idée d'évincer une partie de la vérité. Sauf que la où la nouvelle signification de ce terme me dérange, c'est qu'elle vient englober une partie négative non négligeable, qui viendrait presque, non qui vient même, effacer la première signification.

Le terme de beurette aujourd'hui, comme le dit une jeune femme interviewée dans le reportage Arte, est aussi fort que le terme négresse, donc empli de racisme et de dépréciation.

Mais pour moi, pas seulement.

Je n'ai jamais croisé d'autre terme dans la langue française (je ne dis pas qu'il n'en existe pas, mais je me creuse encore la tête pour en trouver un) qui veuille définir autant de caractéristiques chez une seule et même personne. J'entends par là qu'avec l'évolution de la société, ce qualificatif de "beurette" dans la majorité de l'inconscient collectif correspondrait à une jeune femme d'origine maghrébine, musulmane, avec des parents issus de l'immigration, au physique généralement provocateur (soit part le port du voile perçu comme ostentatoire dans notre société occidentale; soit part un look reconnaissable entre mille, celui de la beurette a chicha, 6 kilos de fond de teint et qui mâche son chewing-gum la bouche ouverte en démêlant ses extensions avec ses faux ongles), aux moeurs légères non assumées et dissimulées par une soit-disant foi, pudeur. Pudeur qui disparait une fois que tu te la tapes, parce que putain, la beurette, quelle putain! Un délice au lit, une femme qui sait ce qu'elle veut, ce qu'elle te fait, et où elle va.

Mais merde, avez-vous à l'esprit, s'il vous plaît, un autre terme de la langue française qui tenterait de définir à la fois :
- les origines d'une personne
- son rapport à la religion
- son physique/ son accoutrement
- son comportement
- sa sexualité

Parce que perso, vraiment, je suis outrée qu'un seul et même terme puisse signifier autant.
Outrée que je puisse l'entendre pour me définir. Parce que, même si j'ai dû aller loin dans le cliché pour vous montrer ou je voulais en venir, je vous assure que la majorité des personnes qui m'ont insultée de beurette dans la rue avait une bonne partie des choses que je viens de vous citer en tête.

Même si quand on me dit "mais vu que t'es une beurette, tu manges avec les doigts? chez toi y'a des tapis orientaux? waow, ta mère ne porte pas le voile?" j'ai pris l'habitude de répondre un truc du genre "si d'habitude, mais la j'ai fait l'effort de prendre une fourchette puisque tu es là" ou même "putain, t'as de la chance, aujourd'hui j'ai mis des chaussures, d'ordinaire je suis en babouches". Vous avez compris, donc, je tourne ça à l'humour. Et heureusement, sinon je me serais défenestrée bien plus d'une fois face aux remarques plus saugrenues les unes que les autres.

On m'a même dit "Mais, tes copines, elles réagissent comment? Enfin je veux dire, au fait que tu sois d'origine, tout ça... Ça les dérange pas?" Alors... Mes copines, du coup, je pense qu'elles ont assez de jugeote pour ne pas penser que je me ballade avec une ceinture d'explosifs sous le t-shirt, ou au pire, tout simplement, elles me connaissent, quand on va boire un café elles ne se disent pas "Là, je vais boire une café avec une beurette, merde, comment je vais faire si le bar ne propose pas d'expresso halal"... Parce que ce sont mes copines en fait, et que je ne pense pas qu'elles ne me considèrent que par mes origines.

Alors oui, aujourd'hui le terme "beurette" est dépréciatif, cliché, et surtout, surtout, vexant. Dire qu'à la base il n'était que pour faire une simple différenciation entre les enfants issus de l'immigration et les chanceux qui ne l'étaient pas... ;)

Au delà de tout cet aspect devenu négatif, j'aimerais surtout, comme il est précisé dans le documentaire, qu'on me considère comme étant déjà, une jeune femme. Et franchement ce serait pas mal, juste ça (parce des fois je doute déjà, haha). Je n'ai jamais eu honte de mes origines, j'explique avec plaisir mon passé et l'histoire atypique de mes parents à toute personne venant s'en questionner auprès de moi. Seulement je ne suis pas qu'une fille de réfugiés politiques qui a "eu la chance d'avoir le français comme langue maternelle" (je ne cite ici qu'une anecdote, encore une fois ;)).

Parce qu'avant d'être une beurette, en fait, je suis une femme.
Mais ça c'est encore un autre combat...

A plus tard (j'ai mal aux doigts, et j'ai fait mal à mon clavier), bisous les chats!


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